Un stress test consiste à mesurer ce que perdrait votre portefeuille actuel si un choc extrême se produisait. Deux approches se complètent : le rejeu historique, qui applique à vos positions du jour les mouvements réels d’une crise passée comme 2008 ou mars 2020, et le scénario hypothétique, qui pose un choc défini par vous, par exemple « actions −25 %, taux +150 points de base ». L’objectif n’est pas de prédire la prochaine crise, mais de savoir si vous pourriez la traverser.
Pourquoi la VaR ne suffit pas
La Value at Risk décrit les pertes « ordinaires » observées sur une fenêtre récente. Si les deux dernières années ont été calmes, elle sera faible, même si le portefeuille est très exposé à un krach. Le stress test répond à une autre question : que se passe-t-il si les conditions des pires épisodes connus reviennent ? Il capture des phénomènes que la VaR lisse ou ignore : corrélations qui montent vers 1, baisses enchaînées sur plusieurs semaines, chocs simultanés sur les actions et les obligations.
Rejeu historique ou scénario hypothétique ?
| Rejeu historique | Scénario hypothétique | |
|---|---|---|
| Principe | Appliquer les variations réellement observées pendant une crise | Définir soi-même les chocs sur les facteurs de marché |
| Atout | Réaliste : corrélations et ampleurs vraiment observées | Permet de tester un risque jamais vu |
| Limite | Les crises futures ne ressembleront pas exactement aux passées | Dépend de la qualité des hypothèses |
| Titres récents | Nécessite une approximation (secteur, facteurs) pour les titres non cotés à l’époque | Traités via leurs sensibilités aux facteurs |
Les crises de référence à rejouer
Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur pour l’indice S&P 500, du plus haut au plus bas de chaque épisode :
- Krach d’octobre 1987 : environ −20 % en une seule séance. Le test de la discontinuité brutale.
- Bulle internet, 2000 à 2002 : baisse d’environ moitié pour le S&P 500, et de près de 80 % pour le Nasdaq Composite. Le test d’un portefeuille concentré sur la croissance et la technologie.
- Crise financière, 2007 à 2009 : environ −57 % sur dix-sept mois, avec un effondrement des financières et un élargissement massif des écarts de crédit.
- Krach Covid, février et mars 2020 : environ −34 % en un peu plus d’un mois, la baisse la plus rapide de cette ampleur. Le test de la vitesse et de la liquidité.
- Choc de taux de 2022 : environ −25 % pour le S&P 500 et davantage pour les valeurs de croissance, alors que le taux à 10 ans américain passait d’environ 1,5 % à plus de 4 %. Le test d’un portefeuille où actions et obligations baissent ensemble.
Chaque crise frappe différemment. Un portefeuille de valeurs bancaires souffre surtout du scénario 2008 ; un portefeuille de valeurs technologiques non rentables, de 2000 et de 2022.
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Construire un stress test, étape par étape
- Lister les positions avec leurs montants, y compris les options et la trésorerie.
- Choisir les scénarios : au moins une crise de liquidité (2020), une crise de crédit (2008) et un choc de taux (2022).
- Traiter les titres récents : une société introduite en bourse en 2021 n’a pas d’historique en 2008. On l’approche par son secteur, sa sensibilité au marché (bêta) ou ses expositions factorielles.
- Réévaluer les options : une baisse de 30 % du sous-jacent s’accompagne généralement d’une forte hausse de la volatilité implicite, ce qui change la valeur des positions bien au-delà du delta. Voir notre guide sur la surface de volatilité implicite.
- Lire le résultat par ligne et au total : quelle perte, quelles contributions, quel pourcentage du patrimoine.
- Se poser la question décisive : cette perte serait-elle supportable financièrement et psychologiquement, sans vente forcée ?
Exemple : le portefeuille de Claire
Claire, investisseuse à Lyon, détient 150 000 dollars : 40 % sur un ETF d’actions américaines larges, 35 % sur trois valeurs technologiques dont la société fictive ACME, 15 % sur un ETF d’obligations du Trésor à long terme et 10 % en liquidités.
| Scénario | Perte estimée | Principal contributeur |
|---|---|---|
| Krach Covid 2020 | Environ −24 % | Valeurs technologiques et ETF actions ; obligations en légère hausse |
| Choc de taux 2022 | Environ −27 % | Valeurs technologiques et obligations longues ensemble |
| Crise 2008 | Environ −38 % | Actions ; les obligations du Trésor amortissent une partie |
Ces chiffres sont illustratifs. Ils montrent un point essentiel : la poche obligataire, censée protéger, aurait amplifié la perte dans le scénario 2022. Claire peut décider de garder son allocation en connaissance de cause, ou d’ajuster sa duration ou sa concentration. Le stress test éclaire la décision, il ne la prend pas.
Les erreurs fréquentes
- Ne tester qu’une seule crise, souvent la plus récente.
- Oublier le change : pour un investisseur en euros, en francs suisses ou en dollars canadiens, la variation du dollar américain modifie la perte réelle.
- Supposer que l’on pourra vendre au prix affiché pendant la crise.
- Ignorer l’effet des options et du levier, qui rendent la perte non linéaire.
Questions fréquentes
À quelle fréquence refaire un stress test ?
À chaque changement important du portefeuille, et au minimum chaque trimestre. Les positions évoluent, et un test réalisé il y a six mois peut ne plus refléter votre exposition.
Un stress test historique peut-il sous-estimer le risque ?
Oui. La prochaine crise peut être plus forte ou de nature différente. C’est pourquoi on combine le rejeu historique avec des scénarios hypothétiques plus sévères.
Faut-il inclure la devise dans le stress test ?
Si vous mesurez votre patrimoine en euros, en francs suisses, en dollars canadiens ou en francs CFA, oui : la variation du dollar pendant la crise fait partie de votre perte ou de votre gain réel.
Ce guide est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital.